Quand un reçu de 1682 raconte Sorel
Sorel-Tracy, le 13 août 2026 — Le 13 août, à Sorel-Tracy, ce n’est pas seulement une date dans un livre d’histoire. C’est une date qui nous ramène à nos origines, à notre territoire, à notre fleuve, à notre rivière Richelieu et à toutes les familles qui, génération après génération, ont gardé vivante la mémoire de notre coin de pays.
C’est le 13 août 1642 que le gouverneur Charles Huault de Montmagny arrive à l’embouchure du Richelieu pour y faire ériger le fort Richelieu. Ce premier fort marque le début reconnu de la présence française organisée sur le territoire qui deviendra Sorel, puis Sorel-Tracy.
L’histoire ne s’est toutefois pas écrite en ligne droite. Le fort Richelieu sera abandonné, puis reconstruit en 1665 avec l’arrivée du régiment de Carignan-Salières. Parmi ses officiers se trouve Pierre de Saurel, dont le nom restera attaché pour toujours à notre région. Au fil du temps, le lieu portera plusieurs noms et plusieurs graphies : Saurel, Sorel, Sorrel, Sorrell, Sorelle.
Puis, en 1787, à la suite du passage du prince William Henry, futur roi Guillaume IV, Sorel prend le nom de William-Henry. Ce nom sera utilisé pendant plusieurs décennies, jusqu’en 1860, moment où la ville reprend officiellement le nom de Sorel. Plus près de nous, le 15 mars 2000, la fusion de Sorel et de Tracy donne naissance à la ville de Sorel-Tracy telle qu’on la connaît aujourd’hui.
Mais ce qui rend notre histoire encore plus précieuse, ce sont les traces concrètes qu’elle nous laisse.
Parmi ces traces, il y a un reçu daté du 18 juin 1682, signé “Saurel” par Pierre de Saurel lui-même. Ce petit document, conservé dans le Fonds Famille Manning de la Société historique Pierre-de-Saurel, évoque une transaction de blé entre Martin Prévost et Mathurin Petit. Quelques lignes seulement, mais assez pour nous faire entendre la vie quotidienne d’une jeune seigneurie : le blé, les échanges, les responsabilités, les comptes à régler, la communauté qui prend racine.
Texte original du français de l’époque :
J’ay receu de Martin Prevost le bled que
Mathurin Petit luy avoit laissé dont ie
le descharge ce 18me juin 1682 — Saurel
Je le prie de faire endosser ce billet de la
quantité de minots qu’il livrera.
Texte original du français modernisé :
J’ai reçu de Martin Prévost le blé que
Mathurin Petit lui avait laissé, dont je
le décharge ce 18 juin 1682 — Saurel.
Je le prie de faire endosser ce billet de la
quantité de minots qu’il livrera.
Ce document a une résonance toute particulière dans ma famille, car il a été retrouvé par mon grand-père, Clyde Elmey Manning, l’un des cinq premiers employés de l’élévateur à grains de Sorel, y arrive vraisemblablement dès les débuts des installations, vers 1929, avant d’en devenir surintendant dès 1930, lors du réaménagement des bureaux de l’élévateur à grains de Sorel. Lui qui a travaillé dans ce lieu marquant de notre paysage industriel a ainsi mis la main sur un morceau exceptionnel de notre histoire locale : un reçu signé par celui dont notre région porte encore le nom.
Ce reçu prend encore plus de valeur quand on se rappelle que Pierre de Saurel meurt quelques mois plus tard, le 26 novembre 1682, à Montréal. Sa femme, Catherine Le Gardeur, prend alors la relève. Sans se remarier, elle continue d’agir pour la seigneurie, accorde des concessions et tente de préserver l’héritage laissé par son mari dans un contexte difficile.
C’est peut-être ça, la vraie force de l’histoire soreloise : elle relie les grands événements aux gestes simples. Le fort de 1642, la reconstruction de 1665, la seigneurie de Saurel, l’époque William-Henry, le retour au nom de Sorel, la fusion de 2000, mais aussi un reçu de blé, un bureau d’élévateur, un grand-père qui trouve un document oublié et une famille qui comprend qu’elle tient entre ses mains une part de mémoire collective.
Le 13 août, on ne souligne donc pas seulement la fondation reconnue de Sorel. On se rappelle que Sorel-Tracy s’est bâtie avec des forts, des seigneuries, des industries, des familles, des travailleurs et des archives. Et parfois, un simple bout de papier suffit à faire le pont entre 1682 et aujourd’hui.
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